Les enfants crient sous la douche trop froide puis trop chaude. Chacun dans son box tente de décoller sa fatigue. Devant les portes, Je trépigne, serviettes sur l'épaule. Une migraine latente-ou la caféine- agace mes gestes. Mes pensées zappent des tentes déjà montées aux bagages entassés, du trajet accompli, seule avec les enfants, à l'eau qui dégouline sous mes semelles.

700 km m'éloignent de cette année. 5 aires d'autoroute, 2 heures d'embouteillages à Paris, à jongler entre la première et la deuxième vitesse... et déjà 4 appels en absence sur mon portable.

Phiip maison. J'appelle.

Mon homme commence par une devinette. Je suis chinoise, je... Je n'entends pas la suite. Mes yeux sont brouillés, je n'y crois pas. C'est une fille ? Son âge ? 2 ans ? Philippe bafouille, submergé d'émotions. Il ne sait pas son nom, sauf qu'il est chinois ! Il me parle de ce qu'il sait, de ce qu'il n'a pas demandé, de ce qu'il va faire. Je dis oui à tout, j'entends sans réellement écouter. Propos entrecoupés de rires et de larmes : mes jambes tremblent. Mon blindage de prévisions s'effondre.

C'est aujourd'hui. 19 heures. Aujourd'hui, je m'autorise à penser mon enfant. J'appréhende sa taille, sa silhouette, son regard. Je la vois courir avec son frère et sa sœur. Elle s'installe dans ma vie. Tout mon corps encaisse ce bouleversement.

Aujourd'hui, l'attente s'arrête, commence et continue.